1)
Dans ce paragraphe nous introduisons une ``multiplication'' des mesures sur
, qui s'appelle le produit de convolution. Toutes les mesures dont on
parle ci-dessous sont des mesures sur muni de la tribu borélienne.
Définition Si et sont deux mesures -finies sur
, on appelle produit de convolution de et et on note
l'image de la mesure
par l'application de
dans définie par
.
Ainsi,
est une mesure sur , qui d'après 2-()
est donnée par
(32)
En utilisant le théorème de Fubini, on peut aussi écrire
(33)
On en déduit que le produit de convolution est commutatif. D'après
le corollaire il est aussi associatif, i.e.
, à condition bien entendu que les deux mesures
et
soient elles-mêmes -finies (ce qui
n'est pas toujours vrai, comme l'exemple 3 ci-dessous le montre !).
Exemples.
1)
Si
est la masse de Dirac en 0, on a
d'après (): en d'autres termes, la masse de
Dirac en 0 est un élément neutre pour le produit de convolution.
2)
La masse totale de
est
. En
particulier, le produit de convolution de deux probabilités est encore une
probabilité.
3)
Si
est la mesure de Lebesgue sur , le produit
est la mesure donnée par si
et
si
: cela découle immédiatement de
(). Noter que cette mesure n'est pas -finie.
Proposition Si est une fonction borélienne, positive ou
intégrable par rapport au produit de convolution
, on a
(34)
Lorsque cette formule se déduit de () selon le
schéma habituel: par linéarité, puis limite croissante. Lorsque est
de signe quelconque et intégrable par rapport au produit de convolution, les
formules () sont vraies pour et , et donnent des valeurs
finies, donc on a () pour par différence.
2) Mesures signées avec densité. En vue de définir le
produit de convolution d'une fonction et d'une mesure ou de deux fonctions,
nous allons d'abord introduire le concept de ``mesure signée'', ce qui veut
dire mesure non nécessairement positive. En vue d'éviter une théorie
générale un peu lourde, nous nous contentons du cas des mesures admettant
une densité par rapport à la mesure de Lebesgue sur .
Si est une fonction borélienne positive sur ,
Lebesgue-intégrable, on sait qu'on peut définir la mesure
de densité par la formule
(pour
). Cette mesure est de masse totale
finie.
Si maintenant est Lebesgue-intégrable, mais de signe quelconque, on a les
deux mesures
et
. On pose alors
(i.e.
(35)
et on note aussi
.
(lL formule ci-dessus a bien un sens, puisque et
sont finies). On dit que est une mesure signée, car elle
vérifie
et la -additivité, mais les nombres (finis)
sont a priori de signe quelconque. La théorie de
l'intégration par rapport à de telles ``mesures'' est facile, et basée
sur la formule
qu'on a vue dans la
proposition 3- pour . Plus précisément, on pose la
Définition Si est une fonction borélienne sur ,
Lebesgue-intégrable, et si
, la fonction borélienne
est dite -intégrable si et seulement si la fonction est
-intégrable. Dans ce cas on pose
.
Notons aussi la propriété immédiate suivante: si
et
(avec et boréliennes Lebesgue-intégrables), la
formule
définit une nouvelle mesure signée, qui
n'est autre que
.
3) Avec cette définition, on a alors la proposition suivante. On
rappelle que
Proposition Soit une mesure finie sur , et une
fonction borélienne sur , Lebesgue-intégrable. La formule
(36)
définit
-p.p. une fonction qui est Lebesgue-intégrable. Si
, cette fonction est la densité de la mesure signée
.
En raisonnant sur et sur et en faisant la différence, et
compte tenu de la remarque suivant la définition , on voit qu'il
suffit de montrer le résultat lorsque .
Dans ce cas, la fonction est définie partout (à valeurs dans
). D'après le théorème de Fubini, elle est borélienne et
vérifie
(on fait le changement de variable
et on applique
() dans la dernière intégrale). Ceci vaut
par définition de , et une nouvelle application du
théorème de Fubini entraine que
par (). Donc
admet la densité . Enfin
et étant deux mesures de masse totale finie, il en est de même
de
, donc est Lebesgue-intégrable.
Enfin, si dans la proposition précédente la mesure admet elle aussi
une densité, disons , la fonction est aussi notée , et elle vaut
(37)
Il n'y a d'ailleurs pas de raison de supposer ci-dessus: si
est de signe quelconque, cette formule définit la densité de la mesure
signée
.
Cela conduit à poser la définition suivante:
Définition Si et sont deux fonctions boréliennes
Lebesgue-intégrables sur , leur produit de convolution est la fonction Lebesgue-intégrable définie par ().
(38)
Cette définition est un peu restrictive, et dans les livres d'analyse on voit
parfois une définition plus générale du produit de convolution de deux
fonctions: il suffit en fait que la formule () ait un sens.
En vertu de ce qui suit la définition
, on voit que le produit de convolution des fonctions
(Lebesgue-intégrables) est commutatif et associatif.