Nous allons voir qu'on peut aussi définir la transformée de Fourier des fonctions sur
qui sont de carré intégrable (et pas nécessairement intégrables). Dans
ce cas, la formule () peut ne pas avoir de sens, et il faut opérer
autrement.
Dans ce paragraphe, nous notons
l'ensemble des (classes
d'équivalence pour l'égalité presque partout des) fonctions complexes sur
, dont le carré du module est Lebesgue-intégrable. C'est
évidemment un espace vectoriel sur le corps
, sur lequel on définit
une norme
. De manière plus précise, cette
norme est associée au produit scalaire - complexe - défini par
, et on
: tout marche comme dans le cas réel, sauf que la symétrie du
produit scalaire est remplacée ici par la propriété
. On démontre exactement comme au
chapitre précédent que
est un espace de Hilbert
(sur
).
Commençons par un lemme, où on désigne par l'ensemble des
fonctions complexes sur qui sont continues, bornées et
Lebesgue-intégrables. Une telle fonction vérifie
si
, de sorte qu'elle est aussi de carré intégrable.
Lemme Si
, alors
et
.
Exactement comme dans la preuve du théorème , le lemme
est valable avec remplacée par la fonction intégrable ,
à condition que dans la partie (b) on lise
au lieu de
. Il vient alors, puisque
et est
continue bornée:
où la seconde égalité vient du théorème de Fubini (qu'on peut
appliquer puisque est bornée et est intégrable).
L'intégrand de la dernière expression ci-dessus est réel positif et
croît vers
lorsque
: le résultat
provient alors du théorème de limite monotone.
Rappelons qu'on note aussi
. Ce qui précède signifie qu'on
peut considérer
comme une application du sous-espace de
dans
, qui est clairement linéaire, et que cette
application préserve la norme .
Théorème L'application
de dans
définie ci-dessus admet une extension unique, notée encore
, de
dans lui-même, qui est un isomorphisme d'espaces de Hilbert
(= elle est linéaire bijective et préserve la norme),
et qui coïncide avec la transformée de Fourier du () pour les fonctions de
qui sont Lebesgue-intégrables. De plus, l'inverse de
sur
est donnée par
(15)
Si
, la fonction
est encore appelée la transformée de Fourier de ,
et on l'écrit même parfois sous la forme () bien que
l'intégrale n'ait pas de sens en général. Noter toutefois que dans ce
cas,
est la limite dans des fonctions
lorsque
.
Remarquer aussi que () est l'analogue de (). Enfin,
est appelée la transformée de Fourier inverse.
a) l'existence et l'unicité de l'extension vont provenir de ce que
est dense dans
, ce qui signifie que toute fonction
de
est limite pour la norme d'une suite
de fonctions de : cette propriété découle immédiatement de la
proposition appliquée aux parties réelle et imaginaire de ,
compte tenu du fait qu'une fonction indéfiniment dérivable à support
compact est dans .
Soit en effet et comme ci-dessus. La suite est de Cauchy
dans
, donc il en est de même de la suite
par le
lemme , donc cette dernière suite converge vers une limite notée
. Si est une autre suite de telle que
, on a aussi
, donc
: en d'autres termes,
ne dépend pas de la suite
choisie, et cela définit une extension de
à
qui est
évidemment linéaire, et qui préserve la norme. Si
était une
autre extension, on aurait aussi
, de sorte
que nécessairement
: donc l'extension est unique.
b) Supposons maintenant que
soit en plus
Lebesgue-intégrable. Nous pouvons définir sa transformée de Fourier par
(), et aussi la fonction
comme ci-dessus. En examinant la
preuve de la proposition
on voit facilement qu'on peut trouver une suite de fonctions
indéfiniment dérivables à support compact, convergeant vers dans
et dans
simultanément (
désigne
évidemment l'espace des fonctions complexes Lebesgue-intégrable, avec la
norme
). D'une part la proposition implique
que
; d'autre part on a vu ci-dessus
que
dans
. On en déduit que
.
c) Soit l'image de
par
. Nous allons montrer maintenant
que
: cela achèvera de prouver que
est un isomorphisme.
D'abord, comme
est linéaire, est un espace vectoriel, et on va voir
qu'il est fermé: si
et si
, on a
qund
, donc la suite
converge vers une limite dans
; en vertu de ce qui
précède, on a donc
, donc et est fermé.
Comme est un sous-espace vectoriel fermé de
, pour montrer
que
il suffit en vertu de la proposition 5- de montrer
que si
est orthogonal à , alors . Mais on a vu que
est la transformée de Fourier d'une fonction de (cf. () et
()), donc
. Il en est de même de ses translatées
(car on a
si
). Donc si
est orthogonale à on a
où ci-dessus
désigne le produit scalaire dans
. Ceci étant vrai pour tout , le corollaire
implique que .
d) Il reste à prouver (). Lorsque
, cette formule n'est autre que (). Comme
et
préservent la norme , et comme
est dense dans
, le résultat est alors évident.