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Théorème 6.1 Soit
un espace de probabilité , et
soit un entier Soit
l'ensemble des v.a.
sur cet espace telles que l'espérance
, appelée moment d'ordre
, existe. Alors
est un espace vectoriel , et on a
Démonstration Puisque définit une fonction convexe sur la demi-droite positive, on peut écrire pour et positif que
et donc
. Une autre méthode pour obtenir cette inégalité est de montrer que
atteint son minimum sur
en et de considérer .
Si maintenant les
espérances de et de sont finies, on en déduit d'après la fin du
théorème 5.2 que l'espérance de est finie et que est dans
quand et y sont. Enfin, pour voir que si
l'espérance de est finie il en est de même pour
on utilise
l'inégalité
qu'on vérifie immédiatement en étudiant les cas et
Le fait que
s'en déduit.
Définition Le moment centré d'ordre de la variable aléatoire
est défini par
où
 .
Remarquons au passage que
si le moment non centré existe, alors le moment centré existe, puisque
c'est l'espérance d'un polynôme en de degré et qu'on vient de voir
que les moments de degré inférieur à existaient.
Le cas particulier réellement important est le cas où .
Définition Soit une variable aléatoire réelle . On appelle le moment centré d'ordre 2 de la variance de , et sa racine carrée positive l'écart type de , encore appelé déviation standard. On note l'écart type et la variance
ou plus rarement
Insistons sur le fait que l'écart type
a la dimension de la variable aléatoire: si celle ci s'exprime en
centimètres, l'écart type s'exprime en centimètres et la
variance en centimètres carrés. Il faut connaître les deux formules suivantes:
Proposition 6.2 Si a un moment d'ordre 2 ,
alors pour réel
et Formule de Huyghens :
En particulier,
avec égalité si et seulement si
la loi de est une probabilité de Dirac .
Démonstration La première formule est immédiate. Pour Huyghens:
Ici on a utilisé le fait que
l'espérance d'une constante est la constante elle même
et que
Quant à la dernière
inégalité elle vient du fait qu'une variance est toujours positive ou nulle.
Si la variance est nulle, alors appliquant le 5) du théorème 5.2 à la v.a.
positive
, alors la loi de est et celle de est
donc
Il y a également à connaître deux inégalités célèbres:
Proposition 6.3 Inégalité de Markov Si est une variable aléatoire
positive ou nulle dont l'espérance existe , alors pour tout on a
Inégalité de Tchebychev Si est une variable aléatoire ayant un second
moment , alors pour tout on a
Démonstration
ce qui est équivalent à l'inégalité de Markov en divisant les
extrémités par
On applique ensuite Markov à
 et à Comme
l'inégalité de Tchebychev
est aussi démontrée.
Finalement, la variance d'une somme de variables aléatoires
indépendantes est la somme des variances. Plus précisément:
Proposition 6.4 Si
sont des
variables aléatoires indépendantes ayant un second moment , alors
Démonstration Procédons par récurrence sur . C'est trivial pour
. Montrons le pour Notons pour simplifier
et
Tous deux sont d'espérance nulle. Alors
car
 en utilisant l'indépendance de et de .
Ensuite, supposons le résultat vrai à l'ordre Alors appliquant le
résultat pour au couple
et , puis
l'hypothèse de récurrence, on arrive au résultat.
En corollaire, on a donc la loi faible des grands nombres qui dit que
en un certain sens, si des variables aléatoires sont indépendantes et de
même loi , alors leur moyenne arithmétique tend vers leur espérance commune.
Plus précisément:
Théorème 6.5 Loi faible des grands nombres Soit
une suite infinie de v.a.
indépendantes et de même loi, et possédant un second moment. Alors, pour tout
nombre
fixé on a
Démonstration Notons
Alors
et
Ici on a utilisé successivement les propositions 6.2 puis 6.4 , puis
le fait que les sont de même loi et ont donc même variance .
Appliquons alors l'inégalité de Tchebychev à et à
; on obtient
qui tend bien vers 0 pour fixé.
Commentaires: l'importance philosophique de la loi des grands nombres
est non négligeable: elle justifie la démarche que nous avons
adoptée pour modéliser le calcul des probabilités. L'idée d'expérience
décrite au début de ce cours est la sélection d'un point dans un
espace d'observables , mais par un procédé susceptible d'être répété
ad libitum et dans les mêmes conditions. Soit une partie de ,
comptons le nombre de fois où est réalisé en essais,
divisons ce nombre par et notons par la fraction, ou la fréquence,
ainsi obtenue. L'idée de probabilité est basée sur la constatation physique
que la suite des converge vers un nombre qu'on appellera
probabilité de . Si la théorie est bien faite, c'est à dire si les axiomes
sont bien choisis, on doit retrouver cette constatation physique quelque part
à l'état de théorème dans la théorie développée à partir de ces axiomes.
C'est le cas. En effet, le initial décrivant une expérience
est remplacé par un produit infini
où les
sont identiques à l' initial, et sont les résultats
possibles de l'expérience répétée à l'instant Les points de ce produit
sont donc des suites infinies
Quant à
la probabilité sur le produit, elle est telle que toutes les fonctions
soient indépendantes. Ceci fait, notons
si
et
sinon. On a une suite de v.a. de Bernoulli indépendantes
et de même loi d'espérance La loi faible
des grands nombres dit que
converge vers
dans le sens décrit au théorème 6.5. Il existe un théorème
avec une conclusion plus précise, appelé
loi forte des grands nombres, que nous exposons maintenant.
Théorème 6.6 loi forte des grands nombres Soit
des variables aléatoires
de Bernoulli indépendantes et de même loi
avec
Alors
Démonstration Elle s'appuie sur le lemme de Borel:
Lemme de Lebesgue Si
est une suite d'évènements telle que
converge, alors
La démonstration de ce lemme est à peu près triviale: Puisque la suite
des restes de la série convergente tend vers 0 et que pour tout entier
on peut écrire
le résultat s'ensuit en faisant tendre vers l'infini.
On se fixe ensuite un nombre
et on note pour simplifier
Le point délicat de la démonstration est de montrer que pour tout
il existe un nombre
tel que
Admettons ce point quelques instants et
achevons la démonstration. On remarque d'abord que
Un point subtil est ensuite l'inclusion d'évènements:
Il n'y a jamais égalité dans ces inclusions: il suffit de penser aux cas
et pour s'en convaincre.
Nous n'allons utiliser que la première inclusion. Ayant admis que
avec
comme la série géométrique de raison converge,
le lemme de Borel est appliquable et on en déduit que
Ensuite on observe que si
on a
Changeons un peu de notation en
écrivant pour entier
La suite d'évènements
est donc croissante. Mais comme tous les
sont de probabilité nulle, on a encore
Analysons alors l'évènement
On a
Nous avons donc montré que
Appliquons ce résultat aux variables de Bernoulli
Elles sont de loi
et donc
Cependant
et donc
L'union de deux évènements de
probabilité nulle est nulle, le complémentaire
de cette union est de probabilité 1. Cela entraîne:
Donc avec probabilité 1, les limites supérieure et inférieure sont
égales à C'est le résultat annoncé.
Reste à montrer qu'il existe
tel que
A l'aide d'un nombre
arbitraire, nous donnons d'abord une autre présentation
de cet évènement:
On applique alors
l'inégalité de Markov (proposition 6.3 )
à
et
On en tire
Insistons sur le fait que cette inégalité est valable pour tout Observons alors
qu'il existe des valeurs de telles que
soit
Une manière de le voir est de calculer
et
Cela entraîne évidemment, puisque
qu'il existe
proche de 0 tel que
Comme cela termine la démonstration.
Exercices sur 6.1
- Soit
une variable aléatoire telles que
Montrer que
Méthode: si
écrire
et prendre l'espérance de chaque membre.
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