Je me permets de faire remonter cette file de messages.
Il y a quelques semaines, sous la pression du Pôle-emploi (né de la fusion de l'ANPE et de l'ASSEDIC) , j'ai contacté des entreprises acteurs du secteur cours et soutien scolaire.
L'entretien, en général sommaire, s'est bien passé.
L'une m'a fait subir un petit test de connaissances, d'autres pas.
Le recrutement se fait au niveau bac+3. Copie du diplôme et extrait de casier judiciaire exigés.
La boîte qui "recrute" n'est en fait qu'un intermédiaire entre les parents des élèves, qui sont les véritables patrons, et les profs sélectionnés par la boîte.
Lorsque l'entretien avec la boîte à cours particuliers a été réussi ils vous font signer un mandat. Cela n'a rien à voir avec un contrat de travail.
En fait, à chaque fois que vous dispensez des heures de cours ou de soutien scolaire
cela correspond à un contrat de travail dont les parents de l'élèves et vous êtes les cocontractants. La boîte règle tous les problèmes administratifs: feuilles de paie, salaires, déclarations...
En quoi ce type d'emploi est une nouvelle forme d'esclavage et le retour aux journaliers
du XIXème siècle.
Si vous ne travaillez pas vous n'êtes pas payé.
Si vous êtes malade vous ne pouvez pas travailler et donc vous n'êtes pas payé.
Les autres salariés sont indemnisés lorsqu'ils sont malades.
Un prof' particulier non. Et le plus drôle, il paye des cotisations sociales comme tous les autres salariés et ces cotisations servent en particulier à payer l'indemnisation liée à la maladie.
Comme déjà indiqué plus haut, un prof' particulier travaille essentiellement quand les étudiants/élèves ne sont pas cours au lycée, collège etc.
Les horaires d'intervention d'un prof' particulier sont plutôt en fin d'après-midi, les mercredi, samedi, dimanche toute la journée.
C'est une profession où il est difficile d'être productif pour la raison invoquée juste précédemment et parce qu'il faut aussi tenir compte des déplacements.
Il est rare d'avoir deux élèves dans le même immeuble ou la même rue.
La boîte qui vous a "recruté" ne vous garantie jamais un volant d'heures minimum hebdomadaires bien évidemment.
La concurrence est rude d'autre part. Le recrutement par ces boîtes est phénoménal.
parce que le turn-over doit l'être également.
Ces boîtes passent des annonces d'emploi visibles sur le site du pôle-emploi par centaines ce qui permet à ce dernier de limiter la dramatique chute des offres d'emploi, lié à la crise, en proposant des contrats de 1 à 2 heures de travail par semaine.
Ce travail est comme la star académie: vous n'avez aucune garantie que vous reviendrez en deuxième semaine. Les parents de l'élèves peuvent interrompre le recours à vos services à tout moment. C'est la boîte qui vous avertie de l'interruption de service par téléphone.
La seule certitude est qu'une heure commencée est une heure due.
En général, la mise en relation entre des parents d'élèves et un prof s'effectue à l'initiative de la boîte qui vous téléphone ou vous envoie un courriel pour vous proposer un cours.
Cette proposition mentionne le niveau de classe, (collège, lycée, supérieur) mais parfois
vous n'avez pas l'information exacte sur le cursus scolaire de l'étudiant.
Ce qui est un problème pour se déterminer si vous allez accepter ou refuser l'offre.
En ce qui me concerne, pour le moment, j'ai refusé toutes les propositions éloignées de mon domicile car je suis convaincu que c'est un obstacle à la productivité.
Dans ces boîtes, plus le niveau d'enseignement de l'élève est élevé plus l'heure de cours vous est payée chère.
Alors il y a la tentation d'accepter n'importe quoi et se dire que vous pourrez assurer les cours et que si cet enseignement dépasse vos connaissances ou ce que vous maîtrisez réellement au moins vous empochez l'argent du premier cours.
Il faut savoir que la boîte ne vous communique les coordonnées de l'élève que si vous acceptez la mission comme ils disent. Ce qui est assez ennuyeux. Parce que si vous découvrez que l'élève suit un cursus dont vous me maitrisez pas le programme et les connaissances il est délicat de téléphoner à la boîte pour leur signifier que finalement vous refusez après avoir accepté même si le mandat que vous avez signé vous l'autorise
Parfois la boîte se trompe dans la formation suivie par l'élève et vous ne le découvrez que lorsque vous avez accepté la mission.
Pour avoir donné des cours en cherchant des élèves par moi-même j'ai constaté que les gens qui font appel à ces boîtes pour trouver un prof particulier sont exigeants, voire très exigeants. Car en effet, ils paient très cher l'heure de cours: 30-40 euros l'heure pour un élève en lycée.
Il est vrai aussi que les parents des élèves qui sont imposables sont remboursée de la moitié du montant total des sommes versées pour des cours par un crédit d'impôt sauf erreur. Cette mesure fiscale permet aux boîtes de pratiquer les prix qu'elles ont envie de pratiquer.
Cela revient à faire financer le surplus d'éducation de certains sur l'ensemble de la collectivité alors que ceux qui ne sont pas imposables ne peuvent bien sûr pas avoir accès au même service
A chaque fois que vous avez acceptez une mission vous devez rendre compte de la date prévue du premier cours et ensuite de la date effective du cours effectué.
Si vous ne le faites pas on vous le demandera.
Si vous avez donné un numéro de téléphone portable vous aurez l'impression très vite d'avoir une laisse autour du cou qui se rappellera à vous à chaque fois que la boîte vous appellera pour vous demander des comptes ou vous proposer des missions.
Ces boîtes gagnent à tous les coups, tandis que la productivité d'un prof particulier ne peut qu'être limitée, et peuvent accroitre leur activité (en fait celles de dizaines de centaines de profs particuliers) d'une façon phénoménale.
Si les parents, l'élève n'aiment pas votre tête, vos fringues votre présentation cela peut être un motif pour que votre offre de service soit déclinée après un premier contact de visu.
La tolérance à l'erreur est faible me semble-t-il également.
La sanction rapide.
Je suppose qu'au bout de trop d'incidents (c'est à dire les fois où les parents de l'élèves ont souhaité vous remplacer par un autre prestataire) vous êtes black-listés.
Le prof particulier n'a que rarement la maitrise de l'ordre du jour.
A la différence d'un prof de lycée, de collège.
J'ai été enseignant dans des classes de collège dans une autre vie, il y a longtemps.
Je me souviens que c'est moi qui choisissait avant une séquence d'enseignement les exercices, le texte du cours à professer et qu'il y avait une préparation qui était indispensable et qu'il fallait mieux éviter l'improvisation pour maitriser la situation.
En cours particulier, vous ne maitrisez pas grand chose me semble-t-il et donc cela laisse la porte ouverte aux erreurs.
Une autre différence est que maitriser l'enseignement de tous les programmes de toutes les classes aucun prof de l'enseignement "traditionnel" ne sait le faire je pense.
Et c'est ce qui est demandé à un prof de cours particulier de fait.
L'autre différence, en faveur du prof particulier est qu'il n a pas le problème d'un groupe à gérer.
L'univers impitoyable des cours particuliers préfigure sans doute ce que sera le salariat dans les années futures (en fait le salariat va disparaitre, les salariés deviendront des micro-entrepreneurs qui ne travailleront plus pour faire un nombre d'heures fixés par contrat mais sur la base d'un contrat à la tâche ce qui reléguera les 35heures et la limitation du temps de travail aux oubliettes de l'histoire)
Pardon de vous avoir importuné.